Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une visite à l’école communautaire de Millarville

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Millarville, le vendredi 5 mai 2006

Ma fille Marie-Éden et moi avions très hâte de vous rencontrer. Nous avions déjà entendu parler de vous par l’entremise de vos professeurs, Loretta et Patti. Les lettres que vous nous avez fait parvenir nous ont permis de vous connaître un peu plus. J’ai lu chacune d’elles, et je dois dire que j’ai été profondément touchée.

J’ai été émue de voir à quel point vous êtes fiers de votre école. À quel point vous aimez vos professeurs. À quel point vous avez soif de connaissances. À quel point, aussi, vous êtes ouverts sur le monde. D’ailleurs, plusieurs d’entre vous m’avez écrit que vous êtes nés dans d’autres pays, comme l’Allemagne et l’Écosse. Vous m’avez confié avoir retrouvé ici un milieu de vie que vous aimez et dans lequel vous vous sentez bien. Ces témoignages en disent long sur votre capacité à accueillir les personnes qui sont différentes de vous. Je sais que le respect est une valeur très importante à votre école, et je vous en félicite. Comme vous le savez, notre pays est né de la rencontre de plusieurs cultures. Nous devons l’affirmer dans toutes les écoles du pays, comme vous le faites ici, à Millarville.

Quel que soit notre pays d’origine, quel que soit le lieu où l’on habite sur ce vaste territoire qu’est le Canada, nous avons en partage une histoire. Cette histoire est un trésor qui nous appartient et que nous enrichissons de notre propre expérience. Ici, à l’école communautaire de Millarville, vous reconstituez ce trésor qu’est votre passé en creusant et en touillant la terre. Et quelles belles et heureuses découvertes vous avez faites jusqu’à maintenant! En passant, Marie-Éden et moi aimerions bien voir cette montre de poche dont plusieurs m’ont parlé dans leur lettre. Vous êtes des archéologues à la recherche de leur identité. Chaque artefact, chaque objet du passé, vous raconte une histoire : la vôtre.

Marie-Éden est née comme moi dans le pays le plus pauvre des Amériques. Comme vous, elle est très curieuse et veut tout savoir du monde qui l’entoure. Et elle rêve. Pour elle, rien n’est impossible. Je tiens à ce que Marie-Éden et que tous les enfants du Canada aient les moyens de rêver grand et de s’épanouir. C’est pourquoi j’ai fait de vous, les jeunes, ma priorité. Je suis convaincue que le présent et l’avenir du Canada reposent entre vos mains. Il faut bien vous préparer à prendre la relève.

À l’école communautaire de Millarville, vous vous donnez les moyens de réaliser vos rêves.  Ma grand-mère disait toujours : « L’éducation, mes enfants, est la clé de la liberté. » Elle avait raison. Il s’agit de la liberté de choisir. Car, grâce à l’éducation, beaucoup plus de choix s’offrent à vous.

J’aime bien raconter une aventure personnelle que j’ai vécue dans mon pays d’origine, Haïti, où j’étais retournée pour préparer un documentaire. Le hasard a voulu que je rencontre là-bas, dans le village où ma mère est née, un petit garçon, dont les parents étaient très pauvres, et qui faisaient plusieurs sacrifices pour que l’un de leurs enfants puisse étudier. Ce petit garçon qui marchait plusieurs kilomètres tous les jours pour se rendre à l’école m’a confié à quel point il était reconnaissant de l’aide de ses parents qui ne savaient ni lire ni écrire pour lui permettre d’obtenir une éducation pendant que ses frères et sœurs devaient travailler pour assurer la survie de sa famille. Il savait que grâce aux connaissances qu’il allait acquérir, il aurait un jour les moyens d’améliorer la vie des siens et de sa communauté. Il voulait devenir professeur ou médecin. Il voulait nourrir les esprits ou guérir les corps.

L’histoire de ce petit Haïtien me touche beaucoup. Pas seulement parce qu’elle parle du courage d’un jeune et de sa famille qui l’aide à réaliser son rêve. Mais parce qu’elle me rappelle à quel point nous sommes, en ce pays, au Canada, tellement chanceux d’accéder aussi facilement à l’éducation. Je veux que vous en profitiez pleinement, en pensant à cette histoire. Et que vous sachiez toutes les possibilités qui s’ouvrent à vous. Je remercie chaleureusement vos directeurs et vos professeurs qui vous guident dans cette quête de connaissances.

Mais si je suis ici aujourd’hui, c’est avant tout pour vous entendre parler.  Vous avez déjà commencé à me parler de vous dans vos lettres. Je veux vous connaître davantage. D’ailleurs, je vous remercie de m’ouvrir ainsi les portes de votre école et de vos coeurs. C’est un honneur que vous me faites.