Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d'une fête communautaire

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Cape Dorset, le mercredi 19 avril 2006

Ce voyage est pour mon mari et pour moi la réalisation d’un grand rêve. Marie-Éden, notre fille, aurait tant aimé être avec nous pour vous rencontrer, mais l’école la retient à Ottawa. Nous reviendrons certainement un jour avec elle.

Nous sommes tous les deux enchantés d’être parmi vous et dans une communauté où l’expression artistique est si vitale. Cape Dorset est non seulement l’un des centres les plus célèbres de l’art inuit contemporain, mais la technique de la gravure y a vu le jour et la sculpture y a connu un essor des plus importants. Ce que nous avons vu jusqu’à maintenant est merveilleux et en témoigne magistralement. Cape Dorset donne aux Canadiens et aux Canadiennes un exemple d’intrépidité et de vision qui mérite toute notre attention.

Depuis la création de la West Baffin Eskimo Co-operative en 1959 jusqu’à ce jour, les œuvres uniques que vous créez ont permis à la collectivité de Cape Dorset de s’ouvrir au monde et d’affirmer sa présence.

Votre communauté peut s’enorgueillir d’être l’un des seuls endroits au monde où l’économie est basée principalement sur la création artistique. Aujourd’hui, vos œuvres sont vendues dans des galeries spécialisés à New York, à San Francisco, à Tokyo, et dans plusieurs autres villes de la planète. On les retrouve également dans les plus grands musées.

Les artistes ont ceci d’unique qu’ils donnent forme à l’irréel et qu’ils nous aident à voir le monde différemment. Ils permettent à la mémoire de se perpétuer et célèbrent la beauté. Ils sont notre plus grande richesse.

Je me réjouis de ce succès dont nous pouvons tirer une leçon. Vous avez su inventer un langage universel qui traduit la pulsation même de la vie.

Votre aventure est merveilleuse, et je suis heureuse d’en partager un moment avec vous. Mais, vous le savez mieux que quiconque, elle n’exclut pas pour autant certains défis auxquels vous êtes confrontés. Je veux profiter de mon séjour parmi vous pour vous entendre parler de vos aspirations, mais aussi des défis que vous devez relever.

La détresse des jeunes me touche beaucoup. Au Québec, elle conduit trop de jeunes à s’enlever la vie. Le taux de suicide chez les jeunes hommes au Québec est l’un des plus élevés dans les sociétés industrialisées. Et je sais que vous faites face aussi à cette situation tragique. Sachez que vous n’êtes pas les seuls et qu’un dialogue entre le Nord et le Sud à cet égard est essentiel.

Un autre problème malheureusement universel est la violence faite aux femmes. Les femmes inuites ne sont pas épargnées. Une plus grande prise de conscience afin d’y mettre fin est nécessaire, ici comme ailleurs.

À titre de gouverneure générale, je me suis engagée à briser les solitudes. Par solitudes, j’entends toutes les formes d’exclusion nées de l’incompréhension et des préjugés fondés sur l’âge, le sexe, le statut social, la race, les croyances ou les capacités. Je veux que chacune et chacun ait voix au chapitre.

J’ai la conviction profonde que chacune et chacun d’entre nous faisons partie de la solution aux problèmes du monde actuel. Du métissage du savoir traditionnel des aînés et des idées neuves des jeunes viendront, j’en suis sûre, des promesses d’avenir.

Parlons-nous, et ravivons ensemble ces étincelles d’espoir qui nous guideront vers un monde meilleur. Et merci de nous accueillir si chaleureusement à ce festin communautaire. Cette invitation nous honore et me va droit au cœur.