Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une discussion avec des membres de l’Association des commerçantes du secteur informel (ACSI)

Ce contenu est archivé.

Port-au-Prince, le lundi 15 mai 2006

Je sais à quel point le destin s’est acharné sur vous ces derniers temps. Il y a un an déjà, l’incendie qui détruisait complètement le marché Tête Bœuf et dont vous avez été les victimes, a laissé des cicatrices ineffaçables dans vos cœurs et a entraîné de lourdes pertes pour vous et vos familles. Et je ne parle pas seulement des pertes matérielles.

Il faut beaucoup de courage et de détermination pour se relever d’une telle catastrophe.

Je sais que vous en avez, et qu’il n’est pas né encore le malheur qui pourrait vous abattre. Vous êtes pour moi et pour les femmes du monde entier une véritable source d’inspiration. Je connais le rôle que vous jouez dans l’économie locale. On qualifie vos activités commerciales d’économie informelle et pourtant vous avez en main 80 pour cent des affaires du pays.

Votre ardeur à la tâche, votre débrouillardise en affaires et votre esprit sont légendaires. Ils animent non seulement ce marché rejailli des flammes, mais l’ensemble du commerce informel, dont vous êtes les souveraines invincibles.

Mais, même lorsqu’elles parlent fort, les femmes ne se font pas toujours entendre. Elles ont beau s’occuper des enfants, nourrir la famille, en assurer la survie et participer à la vie de la communauté, plusieurs ne reconnaissent pas toujours à sa juste valeur leur contribution. Pis encore, il arrive qu’on leur refuse l’accès aux droits les plus fondamentaux, comme la santé et l’éducation, et qu’on les traite avec violence en toute impunité. Une société qui se respecte ne peut tolérer de telles dérives.

À titre de gouverneure générale du Canada, le sort des femmes de mon pays et du monde me tient à cœur. J’ai vu ma mère élever seule ses deux filles et connaître l’insécurité avec fierté et dignité. J’ai appris de son courage. Toute cette expérience de vie m’a servi par la suite auprès des familles que j’ai assistées pendant près de dix ans au Canada lorsqu’il leur fallait affronter les préjugés, l’angoisse de la solitude, parfois même repartir de zéro.

Je n’accepte pas que les femmes soient souvent exclues de la société, qu’elles vivent dans la peur, l’isolement et l’absence de choix essentiels à leur épanouissement, comme la santé, des conditions de vie acceptables et un travail décent.

C’est pourquoi je suis si heureuse de vous apporter aujourd’hui une bonne nouvelle de la part du gouvernement du Canada.

Nous sommes fiers d’octroyer plus de 200 000 dollars à un projet qui vise à recapitaliser 500 commerçants, la plupart des femmes, qui ont été victimes de l’incendie de mai dernier. C’est notre façon de vous dire que nous vous appuyons et que nous voulons contribuer à vous redonner espoir. Le Canada s’est engagé à aider le peuple haïtien à se reprendre en main et à promouvoir également les droits économiques des femmes. C’est pour moi un tel honneur que d’être le porte-parole d’une aussi bonne nouvelle.

Je vous remercie de tout cœur de m’avoir accueilli parmi vous et vous souhaite à toutes bonheur et prospérité.