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Pérouse, Italie, le 22 juillet 2006
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
J’aimerais revenir un instant sur la cérémonie d’hier, au cours de laquelle vous m’avez fait l’honneur de me conférer le grade de Docteur honoris causa, pour vous dire à quel point elle m’a profondément émue. Ce ne sont pas les raisons qui manquent.
Être ici, dans cette ville qui m’a ouvert les yeux et le cœur sur le monde; dans cette Italie que j’aime tant et dont l’esprit de la langue est passé en moi tellement je m’y sentais bien, c’est en quelque sorte marcher dans les pas de la jeune femme de 20 ans que j’étais alors que je fréquentais cette institution. J’y ai développé une passion pour la littérature, le cinéma et la culture ... et la cuisine italiennes qui ne m’a jamais laissée.
C’est la première fois que je reviens à Pérouse depuis mes années de jeunesse et d’études. Je regarde autour de moi et je ne peux m’empêcher de lire sur ces jeunes visages la promesse de vies riches et engagées pleinement à en témoigner. À titre d’ancienne, je ne suis pas sûre d’aimer l’expression, je vous invite chaleureusement à profiter de cette expérience unique que vous permet de vivre cette institution qui m’a enseigné les nombreux legs de l’Italie à la culture universelle.
Je regarde autour de moi et je réalise quelle chance inouïe j’ai eue d’acquérir des notions d’étruscologie en un lieu où les vestiges du passé s’inscrivent encore avec tant de force et de beauté dans le paysage actuel.
Permettez-moi d’ajouter, surtout pour le bénéfice des jeunes étudiantes ici présentes, que j’ai vite compris que la maîtrise de la langue italienne était la meilleure arme contre les assauts répétés des jeunes charmeurs italiens.
Combien de fois j’ai réussi à éloigner ceux parmi eux qui m’abordaient en faisant porter la discussion sur les grands enjeux de l’actualité internationale… ou sur les splendeurs archéologiques de la région… et ce, dans un italien presque parfait. Enfin, à vous d’en juger.
Je me souviens de la conviction que j’avais déjà alors de vivre un moment privilégié et de l’ardeur que je mettais à parfaire mes connaissances de la langue, de la littérature et de la culture italiennes. Comment oublier l’épreuve, et je pèse mes mots, des examens oraux. J’ai bien dû perdre cinq kilos en me préparant à l’interrogation devant examinateurs où j’ai affiné ma maîtrise de l’art de discourir… en italien! Et ce que je perdais en poids, je le gagnais assurément en connaissances et en rigueur intellectuelle.
Pérouse restera à jamais pour moi un lieu de rencontres et de croisements des cultures. Je me souviens, sur la grande place, rendez-vous de tous les étudiants, de discussions animées avec des jeunes qui provenaient de l’Europe de l’Est, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud et, bien sûr, du Canada. Des amitiés se sont nouées alors que le temps et la distance n’ont pas pu dénouer. Ainsi en est-il de ma rencontre avec Giovanna Gianni Bagnasco, qui remonte à ces années d’études, et dont je salue la présence parmi nous aujourd’hui.
Ensemble, nous toutes et nous tous, anciens de l’université pour étrangers de Pérouse, et grâce à notre appétit de connaissances et notre envie de maîtriser une langue autre que la nôtre, avons ouvert la voie à une autre forme de mondialisation : celles des solidarités et des complicités. Celles qui pourraient servir d’exemple aux communautés d’aujourd’hui qui ont tant besoin d’espérer en l’humanité. En sa capacité d’ouverture et de célébration de la vie sous toutes ses formes.
À chacun son Himalaya. Le mien prit la forme de la chaîne des Apennins qui traverse l’Ombrie. C’est ici que je partis à la conquête du monde. C’est tout un savoir et une vision de la vie que j’y ai amassés au passage, et qui ont nourri ma pratique journalistique plus tard. Et qui me servent encore aujourd’hui dans mes fonctions de gouverneure générale du Canada, où j’essaie de susciter chez les jeunes l’envie de rêver grand et de considérer l’éducation comme le meilleur moyen d’élargir ses horizons et de multiplier les possibilités qui nous sont offertes.
Sachez que la contribution de l’université pour étrangers de Pérouse à ma vie est précieuse. Je me réjouis d’ailleurs que cette institution qui célèbre cette année son quatre-vingtième anniversaire ait accueilli plus de deux mille étudiants canadiens au fil des ans. En leur nom et en mon nom, je vous remercie de tout mon cœur de l’occasion que vous me donnez de vous exprimer toute notre gratitude. Mon espoir est que d’autres jeunes, et pour longtemps encore, suivent les traces des anciens étudiants étrangers ici présents.
Merci.
