Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du XVIe Congrès international sur le sida

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Toronto, le dimanche 13 août 2006

À titre de gouverneure générale, je tenais beaucoup à  participer à l’ouverture officielle du XVIe Congrès international sur le sida que nous avons l’honneur d’accueillir cette année. Car ce Congrès est un formidable espace de solidarité.

J’aimerais souhaiter la plus cordiale des bienvenues à celles et à ceux qui n’ont pas hésité à venir des quatre coins du monde pour mettre en commun une somme impressionnante d’expériences et de perspectives. Vos efforts permettront, dans un avenir pas trop lointain, espérons-le, de vaincre l’un des fléaux les plus pernicieux de notre ère.

À mon sens, il est remarquable qu’au cours des prochains jours, des leaders communautaires, politiques et scientifiques travailleront ensemble, au bénéfice d’individus et de populations en proie à toutes les horreurs de l’épidémie.

Vous nous rappellerez que la vie est notre bien le plus précieux et que sa protection exige une approche planétaire.

J’oserais même parler ici, pour redonner à ce terme son sens le plus noble, d’une mondialisation des efforts face à la menace du sida, d’une mondialisation dont l’unique objectif est de sauver des vies et qui nous donne l’occasion de repenser le monde autrement sur une base plus fraternelle. En cela, vous nous donnez une véritable leçon d’humanité.

Je me souviens des réactions de peur, voire des mouvements d’hostilité, lors du recensement des premiers cas du sida il y a vingt-cinq ans. La chasse aux sorcières, si vous me permettez l’expression, ne tarda pas à se manifester au fur et à mesure que s’affirmait le caractère infectieux de cette nouvelle maladie.

J’avais peine à me contenir lorsque, dans les pires dérives, j’entendais dire autour de moi que cette maladie était la conséquence de comportements « déviants », un châtiment pour punir certains d’entre nous qui portent encore de nos jours les stigmates de la réprobation. Le sida était l’objet d’une honte qu’il ne fallait surtout pas nommer.

Souvenez-vous que les gens d’origine haïtienne, comme moi, sont devenus la cible de cette campagne de discrimination.

À la rude épreuve de la maladie, et à la douleur des pertes, s’ajoutaient insidieusement les affres de la ségrégation.

Or, on le sait aujourd’hui, le sida ne connaît pas de frontières et ne s’embarrasse pas de nos préjugés et de nos façons d’ostraciser l’autre, voire de l’abandonner. N’est-ce pas là plutôt l’occasion de les vaincre, ces préjugés, et d’affirmer un nouvel humanisme face à cette menace universelle. N’est-ce pas là plutôt l’occasion de démontrer que nous en sommes capables et que l’humanité ne se départage pas entre ceux qui comptent et ceux qu’on oublie?

Le sida est maintenant la quatrième cause de décès à l’échelle mondiale. Le sida frappe indistinctement des enfants, des femmes, et des hommes; le sida dévaste des économies nationales déjà ravagées par la pauvreté et le sida déstabilise des communautés entières partout au monde.

Chaque minute de la journée, un enfant meurt du VIH. L’UNICEF prévoit que d’ici 2010, dix-huit millions d’enfants auront perdu leur mère ou leur père, ou les deux, à cause du sida. Chaque quinze secondes, une jeune personne en sera atteinte.

C’est dire la gravité de la situation et la nécessité d’intervenir urgemment. Nous ne pouvons rester indifférents devant les ravages de l’épidémie du sida et nous, qui sommes de pays bien nantis, avons la responsabilité morale d’y faire face et d’agir collectivement.

Le Canada compte parmi les pays qui ont répondu à l’appel des Nations Unies en juin 2001 pour enrayer la propagation du sida et qui ont signé la Déclaration d’engagement sur le VIH/sida. Nous appuyons une intervention concertée sur tous les fronts, notamment par les gouvernements, le secteur privé, les communautés, les chercheurs, et les individus qui ont à cœur de participer aux efforts planétaires en ce sens. Et nous partons du principe que les droits et la dignité des personnes vivant avec le VIH ou des personnes à risque doivent être reconnus, respectés et défendus.

Il faut combattre sans relâche la discrimination qui naît de la peur et de l’ignorance. S’assurer que les personnes atteintes soient traitées avec respect. Et, disons-le franchement : baisser les bras serait irresponsable, voire une attitude indéfendable.

La lutte contre le sida est une lutte pour la vie. C’est reconnaître que chaque vie est précieuse, où qu’elle soit. C’est affirmer que chaque personne doit être en mesure d’assumer pleinement sa liberté, sa dignité et ses responsabilités.

L’occasion m’est donnée aujourd’hui de saluer vos efforts et, au nom de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, je vous en remercie de tout cœur.

De même que je salue, en terminant, les efforts précieux de citoyennes et de citoyens qui, partout au pays, dans leur famille, dans leur ville ou village, dans leur quartier, dans nos écoles, dans nos hôpitaux, dans nos rues, en apportant leur aide, en faisant des dons, ou en tendant la main à une personne qui en a besoin, contribuent à faire reculer la menace du sida. N’oublions pas que chaque contribution compte.

Et je fais mienne devant vous la conclusion lumineuse du dernier rapport de l’ONUSIDA : « Vaincre le sida, y lit-on, doit être une mission partagée, mondiale et impartiale. Pour aller de l’avant, nous devons exiger cet engagement de nos leaders et de nos institutions, mais aussi de nous-mêmes ».

Merci et que tous mes vœux de succès vous accompagnent.

C’est avec fierté que je déclare maintenant ouvert le XVIe Congrès international sur le sida.