Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du dîner offert par Affaires étrangères Canada à l’occasion de la Tournée nordique 2006

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Yellowknife, le jeudi 22 juin 2006

Nous nous excusons d’arriver si tard, ce soir. Veuillez nous excuser également d’avoir manqué la discussion que nous avions planifiée. Nous étions au parc national Nahanni lorsque, en plein vol de retour vers Fort Simpson, nous avons reçu une demande d’aide pour tenter de retrouver un canoéiste qui s’était égaré et que nous avons heureusement retrouvé.

Je tiens à mentionner à quel point les équipes de Parcs Canada et de la GRC nous ont impressionnés par le professionnalisme dont ils ont fait preuve dans des circonstances d’une pareille nature. Heureuse coïncidence que nous ayons été là en même temps.

Jean-Daniel et moi avons déjà eu la chance de nous rendre au Nunavut un peu plus tôt cette année, et nous nous rendrons au Yukon cet automne. En me préparant à ce voyage, je me disais que peu de Canadiennes et de Canadiens ont la possibilité de visiter le grand Nord qui constitue pourtant la majeure partie de notre territoire.

C’est dommage, car cette partie de notre pays regorge de trésors, qu’il s’agisse de sa population déterminée, des riches cultures autochtones et des paysages grandioses que cette tournée vous permet de découvrir.

C’est aussi l’occasion de prendre connaissance de plusieurs enjeux auxquels fait face le Canada d’aujourd’hui : par exemple, la souveraineté de notre territoire dans l’Arctique, l’exploitation des ressources naturelles, les répercussions du réchauffement de la planète sur les écosystèmes septentrionaux, la recherche d’un équilibre entre les savoirs ancestraux des peuples autochtones et la nécessité, voire l’urgence, pour eux d’accéder aux nouveaux savoirs de façon à prendre leur destin en main.

Plusieurs de ces enjeux ont une envergure mondiale, et je suis heureuse que des chefs de mission au Canada, de tous les horizons, soient en mesure d’apprécier l’étendue du territoire et la diversité démographique de notre pays. Dans les Territoires du Nord-Ouest, on retrouve intact cet esprit d’aventure des peuples autochtones et des explorateurs qui a présidé à la naissance du Canada et qui continue d’être notre force la plus vive.

On retrouve ici, au nord du soixantième parallèle, de la taïga à la toundra, deux des plus grands lacs au monde. C’est dire la démesure de ce territoire qui regorge de ressources vitales pour l’humanité et qui est à l’origine d’une culture intimement liée au génie des lieux. Un territoire qu’il est de notre devoir de protéger.

Nous espérons que vous profiterez pleinement de ce séjour dans le Nord canadien. Et nous souhaitons aussi que cette rencontre soit l’occasion de poursuivre le dialogue sur des enjeux qui nous concernent toutes et tous.

Nous voici de plain-pied dans une ère où il importe plus que jamais de trouver des valeurs communes à l’ensemble des civilisations. Nos perspectives d’avenir dépassent largement nos intérêts respectifs, et notre nouveau champ d’action et point de ralliement est l’humanité entière. J’estime que notre siècle est celui de la mondialité.

On ne pouvait souhaiter endroit plus propice à une pensée large et généreuse. Le Nord, comme je le disais récemment, est non seulement l’endroit où pointent les aiguilles des boussoles, mais ici, au Canada, le lieu où la nature a préservé ses droits. Cette nature et ces réservoirs d’eau douce nous rappellent toutes les richesses que nous tenons trop souvent pour acquises, quand nous n’en abusons pas. Ils nous confirment aussi que chaque lieu du monde enrichit le patrimoine naturel de l’humanité.

De plus, dans les Territoires du Nord-Ouest et le Nord canadien, vous avez la possibilité de vous familiariser avec les réalités et les cultures des Premières nations, des Métis et des Inuits, qui sont ici majoritaires. Nous ouvrir à elles, c’est nous ouvrir au fondement même de l’histoire des Amériques. Je vous y invite chaleureusement.

Je vous souhaite bonne continuation dans le cadre de cette tournée nordique. Que tous mes vœux d’émerveillement vous accompagnent.

Ce soir est aussi l’occasion de saluer un homme hors du commun, et nous le faisons en lui remettant l’Ordre du Canada. Il s’agit du révérend père Jean Pochat-Cotilloux, admiré dans tout l’Ouest de l’Arctique pour son service désintéressé envers le Nord et ses habitants. En tant que directeur et fondateur du Collège Grandin à Fort Smith, il a joué un rôle vital dans la formation de toute une génération de leaders autochtones qui ont élaboré une nouvelle vision pour le Nord. Il a par la suite mis son expertise au service du Programme de formation en leadership de l’Arctique de l’Ouest, conçu sur le modèle du Collège Grandin. Il a également été prêtre à Rae-Edzo, où il a cultivé des liens étroits avec le peuple dogrib de la Nation dénée, dont les traditions et les valeurs lui inspiraient un profond respect.