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Rideau Hall, le jeudi 27 avril 2006
C’est un plaisir pour moi de vous accueillir à Rideau Hall. Je suis mère d’une petite fille, comme j’aime le dire, que j’ai longtemps portée dans mon cœur avant de la tenir dans mes bras. Je sais que prendre soin d’un enfant apporte un bonheur et une joie indescriptibles. Mais c’est aussi, il faut bien l’avouer, l’une des taches les plus exigeantes.
Cette tâche est d’autant plus difficile lorsqu’il s’agit d’enfants brisés par la vie. Il faut recoller les morceaux, un à un, avec une infinie patience. Par des gestes simples, quotidiens et répétés, il faut réussir à rétablir la confiance. Consoler, rassurer, écouter, réconforter. Jour après jour. Nuit après nuit. Avec constance et affection.
Vous, les parents qui donnez à ces enfants une nouvelle famille, devenez une présence essentielle dans leur vie. Et vous devez jouer tous les rôles : être non seulement un père ou une mère de substitution, mais un guérisseur et une ressource fondamentale pour eux. Accompagner dans son quotidien un enfant qui a souffert est une responsabilité énorme.
Comment redonner à l’enfant blessé foi en la vie, foi en elle-même ou en lui-même, foi en l’adulte, foi en la vie? Comment réparer ce qui a été meurtri? Comment lui redonner des ailes? Comment l’aider à déployer toutes les facettes de ses possibilités?
Accueillir un enfant, vous le savez, c’est avant tout lui faire une place dans son cœur. C’est lui offrir un milieu de vie sécurisant et enrichissant dans lequel il pourra s’épanouir. C’est aussi accueillir son histoire souvent douloureuse et savoir composer avec elle. Il faut être attentif, savoir écouter, poser les bons gestes. Et c’est tout un travail d’équipe, puisqu’on se sent parfois dépassé par l’ampleur du défi. D’où l’importance des conférences comme celle à laquelle vous assistez cette semaine, où vous pouvez acquérir des connaissances, partager vos expériences et vous ressourcer.
Les enfants ne sont pas des marchandises. Ce ne sont pas des clients non plus. Ce sont de petits êtres humains. Voilà pourquoi ce qui me préoccupe le plus, c’est le fait que ces enfants sont souvent déplacés d’un foyer à l’autre et qu’ils manquent ainsi de stabilité et de confiance en eux. Et mon autre source de préoccupation est que, pour des raisons juridiques et bureaucratiques, dix pour cent de ces enfants sont adoptés, alors que les trois quarts d’entre eux ne sont pas admissibles à l’adoption. Ces chiffres sont effarants.
Je suis si heureuse que quelques-uns des enfants soient auprès de nous aujourd’hui. Bienvenue! J’ai un grand sentiment d’espoir en voyant briller vos yeux, sachant que vous avez trouvé la sécurité et la confiance en soi auxquelles tous les enfants ont droit. À titre de gouverneure générale et de maman, je veux m’assurer que tous les enfants aient les moyens de réaliser leurs rêves et de devenir plus tard des membres à part entière de leurs communautés. Personne ne devrait être exclu, et toutes et tous devraient avoir droit au succès.
Je sais que cela n’a pas toujours été facile et que cela paraît encore difficile par moments. Mais je tiens à ce que vous sachiez que nous sommes nombreux à nous préoccuper de votre sort et à vouloir que vous soyez heureux, dans une famille qui peut vous donner sécurité et amour.
Merci, chers enfants, d’être une source d’inspiration pour tous les enfants du pays qui cherchent vainement une lueur d’espoir. Je vous remercie toutes et tous du fond du cœur de votre engagement à l’égard des enfants, qui sont ce que nous avons de plus précieux.
