Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la cérémonie d’accueil officielle à l’Assemblée législative

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Regina, le lundi 8 mai 2006

Merci, Monsieur le Président.

Je vous remercie beaucoup pour l’honneur que vous nous faites, à mon mari et à moi-même. Nous sommes ravis d’être ici. C’est également avec un grand plaisir et un grand honneur que je prends la parole devant vous aujourd’hui, en cette première année du second siècle d’existence de la Saskatchewan comme province canadienne.

Durant notre visite, Jean-Daniel et moi souhaitons en apprendre davantage sur les gens et sur les richesses dont regorge cette « terre aux cieux vivants », avec ses 100 000 lacs et ses rivières au torrent impétueux. Je suis tout à fait consciente de la valeur unique et de l’importance de ce que la Saskatchewan a apporté à la Confédération, un apport qui ne cesse de nous enrichir de multiples façons.

En 1980, lorsqu’Evelyn Eager a écrit son histoire et son analyse du gouvernement de la Saskatchewan d’alors, elle avait donné le sous-titre suivant à son livre : « Pragmatisme et politique ». Or, plus j’apprends à connaître votre province et la persévérance de ses habitants, plus cette description me paraît juste. Le pragmatisme fait appel à l’innovation. Il consiste à mesurer l’action par rapport aux résultats, donnant ainsi lieu à des solutions concrètes et pratiques.

Les exemples d’innovation et de créativité des gens de la Saskatchewan sont exceptionnels. En effet, vous avez créé le premier sanctuaire d’oiseaux pour protéger la faune avienne. C’est ici également que le premier service aérien d’ambulance a pris son envol en Amérique du Nord, améliorant ainsi l’accessibilité aux soins de santé. Et le premier guichet automatique bancaire a été ouvert ici, ce qui a changé pour toujours notre mode de vie.

Je m’en voudrais de ne pas mentionner que c’est la Saskatchewan qui a fourni à la Ligue nationale de hockey le plus grand nombre de joueurs que toute autre province ou état de l’Amérique du Nord! Il est évident que votre population est parmi les plus innovatrices et accomplies du Canada.

Faut-il voir en cela une manifestation constante de l’esprit pionnier de la Saskatchewan?

L’historien W.P. Webb décrivait, dans The Great Plains, un livre qui a eu une grande influence, l’environnement dans lequel se retrouvaient les colons de l’Ouest : « une terre éloignée des marchés, brûlée par la sécheresse, fouettée par la grêle, tapée par les vents chauds et les blizzards glacés, ravagée par les sauterelles, exploitée par les capitalistes et courtisée par les politiques » [Traduction]. Et on pourrait ajouter : menacée par les inondations.

Il m’apparaît évident que, dans un climat aussi inhospitalier, il fallait avoir une grande détermination, une autonomie certaine et une énorme persévérance pour survivre. Mais outre ces qualités, vos ancêtres avaient une stratégie unique.

C’est en effet un aspect très évocateur de l’histoire de la Saskatchewan que, en dépit de tels obstacles, les fermiers de cette province aient réussi, au début du 20e siècle, à comprendre et à utiliser le pouvoir que représente  l’action collective. Le mouvement coopératif qui en a émergé a permis à la province d’offrir à ses citoyens la sécurité socio-économique et de retourner la richesse à ceux qui l’avaient créée en premier lieu plutôt qu’à des investisseurs étrangers.

Le legs représenté par cet esprit de collaboration demeure vivant.

Cet esprit se reflète d’ailleurs dans votre devise provinciale : De la diversité des peuples vient la force. Il réside dans la merveille qu’est le régime de soins de santé public, dont Tommy Douglas s’était fait le champion. Ce cadeau continue d’être apprécié par tous les citoyens du pays qui, l’an dernier, ont justement reconnu ce fils éminent de votre province comme « le plus grand Canadien ». Avec la mondialité, il est intéressant de noter que c’est ici, en Saskatchewan, que l’esprit de partage et de collaboration dans l’intérêt commun a pris racine, il y a très longtemps. Un esprit que vous avez conservé comme l’une de vos valeurs les plus durables.

Chose certaine, l’apport de votre province au fil du temps a une valeur inestimable, qu’on ne saurait associer uniquement à un politique ou à un programme, aussi inspirant ou réussi soit-il. Car cette contribution incarne la vision même de tous les possibles, comme en témoignent vos coopératives. La vision d’un monde où l’inclusion et le bien public font échec à l’exclusion et au « chacun pour soi ». La vision d’un monde où personne n’est laissé pour compte.

Je me suis engagée à me servir de la fonction que j’ai le privilège d’occuper pour jeter la lumière sur les solitudes afin de tenter de les briser. Par solitudes, j’entends les différences qui nous séparent; celles qu’imposent la géographie et l’âge, le sexe et l’origine ethnique, la langue et la religion, la pauvreté et l’incompréhension.

Depuis fort longtemps, la Saskatchewan est une province qui jouit d’une grande diversité culturelle. C’est la seule province du Canada où, dès le début, ont coexisté et coopéré des gens d’origine autochtone, française, russe, ukrainienne, polonaise, scandinave et britannique.

Mieux que quiconque, vous savez que c’est en travaillant de concert que nous pouvons éliminer les barrières qui empêchent des immigrants compétents de contribuer pleinement à leur nouveau pays. Que c’est en collaborant que nous pouvons trouver des solutions valables à l’aliénation sociale qui pousse certains jeunes à l’isolement et au désespoir.

J’estime que la marginalisation d’un être humain, quel qu’il soit, est une perte pour nous tous. Car il n’y a rien de plus indigne, dans une société aussi fortunée que la nôtre, que de laisser pour compte ou de ne pas soutenir les plus vulnérables d’entre nous  les enfants et les jeunes. N’oublions pas qu’ils représentent non seulement notre avenir, mais notre présent. Nous avons  envers eux un devoir sacré; celui de leur laisser en héritage un monde meilleur. Il nous incombe aussi de veiller à ce qu’ils puissent l’apprécier et s’apprécier les uns les autres, dans le respect et en se montrant justes et responsables. Je ne suis pas sans ignorer non plus les enjeux particuliers auxquels font face les jeunes des Premières nations et les jeunes Métis, et j’ai hâte de les rencontrer pour qu’ils m’apprennent des choses.

Un monde meilleur, cela fait aussi partie de notre rêve collectif. C’est un exploit dont peu de sociétés peuvent se vanter. Alors nous, qui sommes sur le point de le réaliser à plus d’un titre, nous ne pouvons nous permettre de prendre cette tâche à la légère ou prétendre qu’elle ne relève pas de nous.

Chacune et chacun d’entre nous, par nos gestes et notre attitude, avons la possibilité de favoriser le respect, d’encourager le dialogue et de promouvoir la coopération.

Au cours de cette première visite officielle en Saskatchewan, j’aurai l’immense plaisir de m’entretenir avec vous et avec vos concitoyennes et concitoyens sur cette question et sur bien d’autres.

La conversation que nous entamons cette semaine ne sera que le premier chapitre d’un dialogue continu. Je sais que vous avez des sujets importants à discuter, des histoires inspirantes à partager et des leçons importantes à m’apprendre.

Je suis ici pour vous écouter. Merci.