Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la cérémonie d’accueil officielle par la Première Nation assujettie au traité no 4

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Vallée de la Qu’Appelle, le mardi 9 mai 2006

Je suis fière d’être le premier gouverneur général à visiter votre communauté. Mon mari, Jean-Daniel Lafond, et moi tenons à vous remercier de l’honneur que vous nous faites et qui nous touche énormément. Dans ce bâtiment qui rappelle un tipi, j’éprouve un sentiment de paix et d’harmonie. C’est un lieu de rassemblement unique, idéal pour un intime échange d’idées.

Je crois que nous n’aurions pu choisir meilleur endroit pour entamer un dialogue que je souhaite ouvert et constructif. Je suis ici en amie. Je viens vers vous pour entendre vos préoccupations, vos solutions et vos aspirations.

J’estime qu’il est important de reconnaître le rôle que les Autochtones ont joué dans l’édification de ce pays. C’est pourquoi nous devons continuellement entendre les points de vue des Premières nations et des Métis. Ce que vous avez à dire aidera vos concitoyens à mieux comprendre le rôle et la place des peuples autochtones dans l’édification de cette province, de ce pays, et ce, pour le bien de notre avenir collectif.

Notre avenir collectif repose essentiellement sur les jeunes d’aujourd’hui. Et en Saskatchewan, la population autochtone est jeune et s’accroît rapidement.

Selon moi, rien n’est plus déplorable dans la société d’aujourd’hui que la marginalisation de jeunes que l’isolation et le désespoir font dériver. Après tout, ce sont nos jeunes qui aident à redéfinir la grande famille à laquelle nous appartenons tous, dans un monde de moins en moins imperméable, dans un monde de plus en plus ouvert.

Les jeunes ne sont-ils pas notre promesse d’avenir? Alors nous devons leur communiquer l’esprit d’aventure que nous ont transmis nos ancêtres, quelles que soient leurs origines. Nous devons donner à nos jeunes le pouvoir, et surtout, le désir de réaliser leur plein potentiel.

Je suis née dans le pays le plus pauvre des Amériques, sous le joug, à l’époque, d’une dictature implacable. Je peux en témoigner : ici ou ailleurs, la détresse a le même visage. C’est le sans-emploi. C’est la famille aux prises avec la violence.

C’est le jeune qui ne voit plus d’autre issue à sa souffrance que la mort. C’est la femme ou l’homme en plein naufrage qui s’accroche à des bouées artificielles.

Cette détresse creuse souvent des sillons d’amertume et de colère dans lesquels les promesses d’avenir n’arrivent plus à germer.

Pour ma part, j’ai la conviction profonde que la guérison, la libération, vient de notre capacité à reconnaître et à transcender nos peines, nos deuils et nos pertes. De notre volonté de réinventer le monde là où il s’effondre. On ne peut réparer les injustices d’hier. Mais on peut en tirer des leçons et créer dès maintenant le type de société que l’on espère pour soi et que l’on veut léguer à nos enfants.

C’est un peu ce que vous faites déjà, ici. Vous formez une communauté à la fois fière de ses racines et tournée vers l’avenir. Vous avez fondé des institutions qui, tout en étant modernes, sont en harmonie avec votre savoir traditionnel, votre spiritualité et votre culture. Ce centre de gouvernance et son fonctionnement en sont des exemples. Et que dire de votre centre de santé, situé tout près d’ici, qui concilie guérison traditionnelle et technologie de pointe.

Vous avez beaucoup à nous apprendre. Ce sont vos ancêtres qui nous ont communiqué le génie de ces grands espaces et de ces terres généreuses. Ce sont eux qui en ont d’abord célébré les richesses et qui nous ont appris à nous enraciner en ce continent. Lorsqu’ils pagayaient sur les eaux de la rivière Qu’Appelle, vos ancêtres entendaient les voix des esprits. Que disent aujourd’hui ces voix?

Je me plais à croire qu’elles parlent de vous, femmes et hommes qui habitez ce territoire depuis des temps immémoriaux. Qu’elles nous rappellent que vous êtes nos racines les plus profondes en terre d’Amérique. Qu’elles rendent hommage à toutes celles et à tous ceux qui ont été laissés pour compte dans nos livres d’histoire et dans notre mémoire collective.

À mon sens, il est indigne d’un pays comme le nôtre, fier de ses réalisations et de son rayonnement dans le monde, de ne pas reconnaître à sa juste valeur la contribution des Premières nations et des Métis, à notre histoire, à notre originalité et à nos projets d’avenir.

À titre de gouverneure générale, j'entends m'employer à mettre en valeur et à multiplier les gestes qui vont dans le sens d'un plus grand dialogue entre nous, d'une compréhension encore plus marquée de ce que nous sommes collectivement, d'une plus grande tolérance dans notre vie de tous les jours.

Aujourd’hui, je souhaite pouvoir redonner toute sa place à votre parole, parce que cette parole est source de connaissance et de reconnaissance et qu’elle est instigatrice d’action.

Merci de nous avoir accueilli parmi vous, et vous pouvez compter sur moi pour répercuter votre parole partout où j’irai au pays et dans le monde.