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Point des arts tenu dans la foulée de la remise des
Prix du Gouverneur général en arts visuels et
en arts médiatiques de 2009
Rideau Hall, le mardi 24 mars 2009
Créer une atmosphère effervescente et rassembleuse autour des arts visuels et médiatiques. Le thème de la rencontre d’aujourd’hui découle de la discussion que nous avons eue l’année dernière, lors du forum du Point des arts que nous avons tenu à l’occasion de la remise des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, en 2008. Lors de cette rencontre, nous avions posé, à une trentaine d’invités, dont certains sont parmi nous ce soir, cette question abrupte: Les arts visuels et médiatiques canadiens sont-ils hors champ? À travers nos échanges, nous avons alors fait un bilan sommaire de la présence des créateurs et de la représentation leurs œuvres, tant ici qu’à l’étranger.
Permettez-moi de reprendre ici les conclusions générales que nous avons tirées, tous ensemble, à la suite de cette discussion.
Premièrement, les participants ont observé que la promotion et la diffusion des arts visuels et médiatiques canadiens, au pays comme à l’extérieur, ne peuvent s’effectuer sans une vision nationale forte de la culture. Selon eux, cette vision s’exprimerait de diverses manières : par la valorisation de la recherche et de la promotion de l’histoire de l’art canadien, par l’enseignement des arts dès le plus jeune âge; par la représentation équitable des pratiques artistiques des minorités visibles comme partie intégrante de l’espace culturel canadien.
Deuxièmement, les participants, qu’ils soient artistes, critiques ou gestionnaires, ont reconnu que la présence de la communauté artistique dans la société, tant du point de vue de la diffusion des œuvres que de la représentation, doit être examinée et repensée sous un nouvel éclairage en tenant compte des réalités socioculturelles actuelles.
Aujourd’hui ce forum, qui constitue le 36e Point des arts, prend ces constats comme prémisses et nous invite à nous concentrer sur la nature et la réalité des liens qui existent entre la société et la communauté des arts visuels et médiatiques. Cette approche nous impose de faire d’abord le bilan des initiatives et des idées nouvelles qui se développent au Canada dans ce domaine.
L’observateur de notre scène culturelle peut constater que des événements et des manifestations artistiques suscitent l’enthousiasme et la fierté des communautés un peu partout à travers le pays. Je pense aux électrisantes et multidisciplinaires Nuits blanches de Montréal et de Toronto, au Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, au festival Champs électriques d’Ottawa, au festival Artcity de Calgary, en passant par les soirées Artifice du Musée des beaux-arts du Canada, par les vendredis nocturnes du Musée d’art contemporain de Montréal, ainsi que par les soirées Fuse de la Vancouver Art Gallery. Dans tous les cas, l’idée directrice de ces initiatives est de « faire événement », en rassemblant les créateurs et le public dans une relation de partage. C’est une façon de retrouver le sens profond de l’art, de rappeler sa fonction rassembleuse première et primitive. En effet l’art relève du sacré, du religieux au sens le plus étymologique du mot latin religere qui signifie lier ensemble, assembler, relier, réunir et même récolter. C’est bien cette fonction de lien et de cueilleur à la fois que l’artiste doit sans cesse renouveler et maintenir : rassembler un public, une communauté, une société à travers des formes d’expression singulières, quitte à surprendre, à choquer, à provoquer même. Car l’enjeu est de taille, il ne s’agit pas seulement de retenir l’attention mais bien de proposer une image de monde et de questionner le sens. Si le poids de la création repose sur le talent et même le génie des artistes, celui d’aiguiser l’intérêt pour les arts relève d’un choix de société, d’une vision du monde, d’une politique au sens le plus noble du terme, c'est-à-dire d’une détermination collective, d’un choix entre l’humanité ou la barbarie. C’est aussi radical que cela. Chacune et chacun à leur manière, ces manifestations et ces programmes publics originaux initient le public à une diversité de pratiques artistiques. Plus important encore, ces initiatives cherchent aussi à promouvoir la singularité de l’expérience vécue entre le spectateur et l’œuvre d’art, tout en évitant de tomber dans le piège d’une simple entreprise à court terme de marketing.
Est-ce que ces événements, ces « moments forts » autour des arts visuels et médiatiques réussissent à affirmer la fonction essentielle de liens que les arts jouent dans la société? Existent-ils d’autres moyens pour encourager le dialogue entre les artistes, leurs œuvres et les citoyens? Comment les artistes peuvent-ils contribuer à cet exercice d’affirmation, de provocation, d’éveil, d’exploration qui rend leur contribution indispensable pour le développement harmonieux de la vie en société?
Ce soir, nous nous proposons un temps de réflexion collectif, avec comme objectif de trouver des solutions pour mieux faire connaître et apprécier les arts visuels et médiatiques par nos concitoyens. Nous entendrons d’abord trois panélistes qui ont, à travers leurs expériences professionnels, se sont penchés sur la relation entre les arts et la société. Puis, vous, les lauréats et lauréates des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques de 2009 — ici présents et que je salue et félicite chaleureusement, ainsi que vous, toutes et tous qui nous avez rejoints à Rideau Hall pour ce 36e Point des arts, vous serez invités à réagir et à partager vos idées et vos points de vue.
Sur ce, je nous souhaite des échanges rassembleurs et une soirée effervescente.
