Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la présentation de « l’Appel des jeunes de la Francophonie »

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La Citadelle, le dimanche 19 octobre 2008

Je viens de parler au secrétaire général de la Francophonie, le président Abdou Diouf, qui est en ce moment alité. La fatigue et le stress des derniers jours m’a-t-il dit. Il tenait beaucoup à entendre et recevoir en personne la déclaration des jeunes et présenter les Prix en journalisme. Il a chargé l’administrateur de l’OIF, Monsieur Duhaime, de vous livrer son message. Nous souhaitons un prompt rétablissement au président Diouf.

Permettez-moi tout d’abord de vous dire à quel point je suis ravie de vous accueillir ici à la Citadelle, résidence officielle du gouverneur général à Québec. Lieu chargé d’histoire et de mémoire en cette année où nous fêtons le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec par Samuel de Champlain, explorateur devenu premier gouverneur en exercice.

D’ici, du haut du Cap-Diamant, la vue sur le fleuve et sur la chaîne des Laurentides est incomparable. Et bien entendu sur Québec, qui en langue amérindienne donc des premiers peuples, les Premières nations qui sont nos racines les plus profondes en ce pays, signifie : là où le fleuve se rétrécit.

Le XIIème Sommet de la Francophonie vient de se terminer. Mais la Francophonie poursuit son cours, investie qu’elle est, d’abord et avant tout, des efforts quotidiens des citoyennes et des citoyens qui forment cette grande famille. Et en particulier de ceux de toute une jeunesse.

Nous savons que dans la plupart des pays membres de la Francophonie, les moins de 30 ans constituent un poids démographique très important, voire incontournable.

Il m’importe d’appuyer cette jeunesse, d’appuyer ses rêves, ses gestes et ses initiatives. D’ailleurs j’en fais une priorité de mon mandat et je l’inscris au cœur de mes responsabilités.

Vous vous souvenez, M. Duhaime, alors que le CIJEF, le Conseil international des organisations des jeunes de la Francophonie tenait à Québec, en juin dernier, son assemblée générale annuelle, j’ai eu le bonheur d’accueillir ici même les jeunes délégués d’une quarantaine de pays et de plusieurs associations jeunesse du Québec et d’ailleurs au Canada. Ils m’ont exposé leurs vues et entamé un dialogue des plus inspirants sur la contribution des jeunes de la Francophonie, sur leur désir d’être présents et pris en compte au sein des espaces de concertation multilatérale.

Au cœur de leurs préoccupations il y avait également la promotion de la langue française comme espace non seulement de communication mais aussi de rencontre pour réfléchir et agir ensemble, de la protection de l’environnement, du renforcement de la gouvernance économique, et de l’importance de la participation citoyenne au sein des instances démocratiques.

Nous nous sommes retrouvés ensuite lors du Congrès mondial des jeunes à l’université Laval, dont j’assumais la présidence d’honneur, en août dernier et cette fois les discussions ont beaucoup porté sur le mouvement des jeunes dans la mobilisation pour l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.

Ce que j’ai pu constater, entendre et comprendre, une fois de plus, c’est combien la jeunesse dans cet espace de la Francophonie auquel nous tenons est loin d’être prisonnière du carcan du chacun pour soi et pour son clan qui sévit dans le monde en ce moment et qui le met en péril.

Je me réjouis des gestes novateurs et audacieux qu’ils sont des milliers à poser pour affirmer leur citoyenneté et contribuer à l’amélioration des conditions de vie autour d’eux et favoriser une vision du monde plus humaine.

Je me fais tête chercheuse et je vais à la rencontre de tous ces jeunes dans mes déplacements à travers le Canada et lors de mes visites d’État et officielles à l’étranger. Partout leur volonté est claire, leurs actions et leurs initiatives portent fruit.

Cependant, je les entends aussi lorsqu’ils parlent des obstacles auxquels ils sont confrontés.

Des obstacles qui souvent réduisent la portée de leur engagement.

Des obstacles aux positions qu’ils défendent en faveur d’un monde plus juste, plus équitable, plus fraternel.

Les jeunes désirent plus que tout être entendus. Ils veulent plus que tout être considérés comme faisant partie des solutions.

Nous ne pouvons pas nous priver des forces vives qu’ils représentent. Il faut les écouter et les inclure.

Il faut voir, et c’est passionnant, avec quelle énergie au lieu de baisser les bras, ils disent, concrètement et dans l’action, « non » à l’apathie, « non » au pessimisme et « oui » nous pouvons rêver et bâtir un monde différent, plus humain.

Comment?

Notamment en travaillant sans relâche à l’établissement d’un réseau de concertation au sein même de la Francophonie, qui est pour eux l’occasion de créer un pacte de solidarité entre les jeunes du Sud et ceux du Nord. Et ce pacte repose sur des valeurs qui leur sont chères, de paix sociale, de liberté, de démocratie et de respect dans la diversité.

Ils renoncent aux querelles fratricides fondées sur le repli sur soi et identitaire, l’intégrisme et la haine.

Les jeunes cultivent et sont épris du dialogue nécessaire des civilisations et des cultures. Le monde doit s’inspirer de l’engagement qui est le leur.

Pourquoi?

Parce que les épreuves auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, la crise économique mondiale en est une majeure, nous forcent à tirer des leçons, à repenser nos façons de faire.

À replacer le facteur humain au cœur même des nos actions, comme du commerce et du développement international.

À redécouvrir ces valeurs inclusives, cet esprit de réciprocité, de compassion et d’entraide qui humanisent nos rapports.

À reconnaître plus que jamais que ce qui nous lie, ce que nous avons en commun, l’urgence d’agir ensemble pour mieux vivre ensemble.

Les jeunes du CIJEF défendent cet impératif avec conviction et avec audace. Et sans vous la Francophonie de tous les espoirs et de toutes les aspirations ne sera pas.

C’est pour cette raison que je suis émue aujourd’hui de recevoir votre déclaration, intitulée « l’Appel des jeunes de la Francophonie. »

En cette année où nous fêtons le 250e anniversaire de la naissance de la démocratie parlementaire au Canada, votre déclaration est pour moi un cri du cœur qui nous invite à la réflexion, au débat, et, encore plus important, à l’action.

Nous devons faire en sorte que vos idées, vos préoccupations et vos recommandations fassent intégralement partie du processus de prise de décision tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Je salue ici le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, M. Shawn Graham, parce que c’est grâce à l’intervention de sa province que l’OIF accorde maintenant une place plus importante à la jeunesse.

Et le CIJEF témoigne de cet engagement.

Je salue également le gouvernement du Québec qui par l’instauration du Conseil permanent de la jeunesse du Québec offre à la Francophonie un modèle d’implication des jeunes.

Je vous félicite pour votre engagement exemplaire.

Je vous remercie.