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Rideau Hall, le jeudi 16 octobre 2008
On dit de l’architecture qu’elle est l’expression culturelle la plus immédiate et quotidienne que nous connaissions.
Outre de solides connaissances pratiques et techniques, il faut du génie, de l’imagination et de l’œil à celles et à ceux qui, comme vous, distingués architectes, êtes chargés de concevoir nos espaces de vie.
Ou ce que Vitruve, au premier siècle avant Jésus-Christ, appelait dans le premier traité d’architecture qui nous soit parvenu, les trois principes contradictoires de la solidité, de l’utilité et de la beauté.
Il faut aussi, et peut-être plus que jamais à l’heure de la spéculation immobilière et du « vite-fait », une conscience aigüe de l’histoire et du poids de nos décisions.
Car l’architecture est un art qui s’inscrit dans le temps long.
Un art qui est fait pour durer.
Un art qui, dans sa plus simple expression comme dans sa démesure, témoigne des valeurs, des aspirations, des misères et des grandeurs des époques et des civilisations.
Tous les lieux où l’humanité s’agite, se rassemble, se retrouve, sont chargés de sens.
Loin d’être aléatoire, notre façon d’habiter l’espace et le territoire est intimement liée à notre vision du monde et à notre façon d’être au monde.
Prenez l’igloo.
Cette maison de neige et de glace n’est pas seulement un modèle de construction magnifiquement bien adapté au climat et au mode de vie nomade des Inuits.
L’igloo est la représentation du lien que ce peuple entretient avec tout un environnement, un espace, un univers.
C’est aussi le symbole par excellence du ventre de la mère, la Terre-Mère, lieu des origines.
Il faut avoir dormi dans un igloo pour comprendre dans toute leur profondeur et leur étendue la sagesse et l’ingéniosité de nos sœurs et nos frères inuit qui habitent ce territoire depuis plus de 4 000 ans.
Or, que nous révèlent les œuvres des architectes à l’honneur aujourd’hui?
Que racontent-elles sur la société dans laquelle elles s’incarnent?
Que nous apprennent-elles de l’époque à laquelle nous vivons, une époque où, pour la première fois dans l’histoire, la majorité des populations ont choisi de s’établir dans les centres urbains?
Vos œuvres nous parlent si on sait les écouter.
Elles nous disent que le citoyen n’est pas seulement « agi par la ville », mais qu’il a la possibilité d’agir sur elle afin de la rendre plus agréable à vivre.
Elles nous disent que le développement doit se faire dans le respect de la nature, de l’environnement et de la communauté humaine où il s’inscrit.
Elles nous disent que les lieux, les édifices, les monuments doivent se faire l’écho de leur temps, voire le devancer par leur audace et leur conception visionnaire, tout en entretenant un dialogue fructueux avec le passé.
Elles nous disent que notre pays contient le monde et que le croisement des influences culturelles est source d’enrichissement et de renouvellement.
Elles nous disent que l’échelle humaine doit être la mesure de tous nos espaces publics, de tous nos lieux de travail, de rassemblement, de culture et de célébration.
Face à la standardisation grandissante du paysage urbain, face à l’agression que constituent, osons le mot, les laideurs qui l’affligent parfois, vous créez des espaces de possibles, des espaces de sensibilité, des espaces de rencontres, des espaces de vie.
Ce sont des échappées de lumière et de liberté entre les murs de la Cité.
Comme l’a écrit Le Corbusier, « vous me prenez au cœur, vous me faites du bien, je suis heureux, je dis : c'est beau. Voilà l’architecture. L’art est ici. »
Donc, vous participez de la culture qui est aussi une manière d’habiter un lieu, de lui imprimer une marque distinctive et de le rendre digne d’une célébration quotidienne.
Voilà votre responsabilité.
Votre responsabilité est d’être à l’écoute des besoins sociaux en matière de logements, de lieux récréatifs, culturels et de mémoire, de plus en plus criants dans nos communautés.
Partout, nos quartiers, nos villes et nos villages font appel à votre vision et à votre sensibilité, à votre esprit d’invention et de solidarité.
Merci d’enrichir nos vies de votre contribution.
