Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la passation du commandement du chef d’état-major de la Défense

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Ottawa, le mercredi 2 juillet 2008

Je tiens d’abord à vous dire le bonheur que j’ai d’être parmi vous.

J’aimerais saluer plus particulièrement les militaires parmi nous ce matin et leurs familles.

J’estime qu’on ne soulignera jamais assez votre contribution au succès des Forces et des missions qu’elles mènent.

À titre de commandante en chef, j’ai eu maintes fois l’occasion de mesurer ce qu’il en coûte à vous et à vos familles.

Et je vis comme un grand privilège la possibilité que j’ai d’être à votre écoute, de vous appuyer et de vous accompagner, même dans les moments les plus difficiles.

Au nom du Canada, au nom de la liberté et de la justice, au nom de la démocratie, vous êtes prêts à consentir tous les sacrifices, à surmonter toutes les difficultés, à relever tous les défis, y compris celui de vous rendre dans des régions difficiles du monde où il est impérieux de construire et de maintenir la paix.

Mais comment ne pas penser aux soldats blessés dans l’exercice de leurs fonctions — blessés physiquement et/ou psychologiquement, parfois handicapés pour le reste de leur vie — et dont on ne parle que trop rarement?

Comment ne pas penser à celle et à ceux dont nous portons le deuil, comme une blessure à l’âme?

Voilà pourquoi je tiens à être là, sur le tarmac, aux côtés des familles endeuillées à la cérémonie de rapatriement des soldats morts en Afghanistan. Que ces familles m’accueillent et acceptent que je partage leur deuil me touche profondément.

Et je ne suis pas la seule à se faire un devoir d’être là. Combien de fois le général Hillier et le général Natynczyk se tenaient aussi à leurs côtés?

Certes, nous sommes nombreux ce matin à porter un arc-en-ciel dans nos coeurs.

Nous oscillons entre la tristesse de voir partir un général pour qui nous avons une profonde admiration et la joie d’accueillir à la tête des Forces canadiennes un autre homme de cœur et militaire de grande qualité.

Ces sentiments en disent long sur le respect que nous leur vouons à tous deux.

C’est un respect qui traverse les bataillons et la hiérarchie, qui va de la commandante en chef que je suis aux soldats de tous les échelons, et jusqu’à leur familles.

Le respect fait partie de ces choses qui ne se commandent pas, mais que l’on gagne par son mérite.

Et du mérite, le général Hillier en a, et beaucoup.

Permettez, ce matin, général Hillier, que je parle de vous sur un ton plus personnel.

Vous avez été pour moi un guide exceptionnel alors que je me préparais à assumer les responsabilités de Commandante en chef des Forces canadiennes.

Je l’ai constaté à maintes occasions : vous êtes un leader aimé des hommes et des femmes au sein des Forces canadiennes.

Pourquoi?

Parce que vous êtes sensible à leurs réalités et aux défis qu’eux et leurs familles doivent relever au quotidien.

Vous avez ouvert le dialogue sur des enjeux délicats, des enjeux qui devaient être soulevés au sein des Forces, comme le problème de la violence conjugale et le stress post-traumatique.

Parce que vous avez toujours su garder votre franc-parler et joindre l’acte à la parole.

Moi-même, je vous suis reconnaissante de la convivialité des discussions que nous avons eues et de votre appui indéfectible.

Toutes vos paroles, tous vos gestes, sont animés d’une conviction profonde : celle que la vie humaine mérite d’être protégée et n’a pas de prix.

Cette conviction, vous la partagez avec tous ces hommes et toutes ces femmes soldats, civils et humanitaires, engagés à établir des partenariats prometteurs avec une population qui tente de sortir de plusieurs décennies de détresse et de désespoir.

Partout où je suis allée lors de mon voyage en Afghanistan il y a deux ans, j’ai vu sur le terrain des membres des Forces canadiennes, des policiers, des civils, des fonctionnaires, des diplomates, des humanitaires du Canada travailler ensemble, et en étroite collaboration avec leurs partenaires afghans, en vue de faciliter la création d’un environnement sécuritaire et de mettre en œuvre des conditions favorables de développement pour le peuple afghan.

Partout, j’ai constaté à quel point il importait de redonner sa dimension humaine aux efforts quotidiens qu’ils déploient.

Pas de développement sans sécurité, et la stabilité vient par l’éducation, la mise en place d’infrastructures, l’amélioration des conditions de vie et le redressement des économies.

C’est ce que m’ont dit clairement militaires et humanitaires en Afghanistan. Et je le répète ici au Canada aussi souvent que je le peux.

Il faut raviver l’espoir de stabilité, de justice et de prospérité là où, pendant trop longtemps, il n’y a eu que chaos, iniquité et ruines.

Pour vous avoir vu à l’œuvre et avoir déjà établi avec vous une collaboration fructueuse, je suis persuadée que votre engagement, général Natynczyk, s’inscrit dans cette mouvance.

Diriger, vous le savez, est un privilège et ne va pas sans responsabilité. C’est une tâche qu’on ne peut prendre à la légère et qui nécessite que l’on soit des exemples pour les autres.

Vous êtes cet exemple, et je sais que vous pouvez d’ores et déjà compter sur la confiance et l’appui de vos troupes.

Je vous offre tous mes vœux de succès, général Natynczyk.

Général Hiller, au nom de tous les Canadiens et les Canadiennes, au nom des Forces canadiennes, merci, merci beaucoup.