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Cérémonie de collation des grades à l’Université de Montréal

19 août 2026

Sous réserve de modifications

C’est pour moi un immense plaisir de me retrouver parmi vous ce matin, comme si les années qui me séparent de la place que vous occupez aujourd’hui s’étaient magiquement effacées. J’aimerais vous dire que j’ai un souvenir indélébile de la journée où j’ai reçu mon diplôme de la Faculté de droit; que j’étais heureuse, comme vous l’êtes aussi, j’en suis certaine, de célébrer ce rite de passage et de contempler l’avenir merveilleux de la vie professionnelle qui se dessinait devant moi.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. J’ai eu l’immense honneur de recevoir un doctorat honorifique de mon alma mater il y a quelques années, et j’ai bien sûr un excellent souvenir de cette occasion grandiose et protocolaire à laquelle, je l’avoue, ma vie de tous les jours ressemble de plus en plus.

Mais je n’ai aucun souvenir de ma collation des grades de 1970, parce qu’elle n’a jamais eu lieu. Ou tout au moins parce que je n’y ai pas assisté. J’ai reçu mon diplôme par la poste, comme c’était d’usage, à cette époque de contestation des rites bourgeois que nous avions décidé de mettre au rancart. 

Au début des années 70, le Québec traversait une période de transformations majeures. 

Les mouvements étudiants, forces vives de la société, revendiquaient des mesures sociales visant à réduire les inégalités et faire respecter les droits de la personne. Nous étions portés par des idéaux, à peine conscients, par ailleurs, des enjeux planétaires qui nous attendaient.

Le contexte d’aujourd’hui est différent. Votre parcours académique est d’une qualité vastement supérieure à ce qui nous était offert, même si l’université était à l’avant-garde des institutions de l’époque. L’acquisition et la transmission du savoir ne cessent d’élargir nos horizons, et le niveau de performance académique que vous avez atteint vous place dans une position unique et enviable face aux défis et aux opportunités qui nous interpellent tous et toutes. 

Je sais que vous êtes préoccupés, à juste titre, par ces enjeux : les tensions géopolitiques qui pèsent sur notre économie et qui mettent en péril des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants partout dans le monde. 

Vous êtes aussi conscients de la fragilité de notre planète et de son immense capacité de résilience. Vous maîtrisez la complexité des technologies émergentes, ses promesses comme ses embûches. 

Votre génération hérite de défis importants. Je suis toutefois convaincue qu’elle vivra des réussites proportionnelles à la grande qualité des étudiants qui reçoivent aujourd’hui leur diplôme.

Les grandes réussites de demain appartiennent à ceux qui ne craignent pas le changement, mais qui sont déterminés à l’humaniser. 

Vos compétences techniques ne remplacent pas ce qui fait vraiment votre valeur : votre jugement, votre créativité, votre capacité à collaborer. Faites-en les leviers de vos ambitions!

Je vous souhaite de rester curieux et généreux. De faire bénéficier le monde des compétences dont votre diplôme témoigne. D’accueillir le changement avec confiance. Et, surtout, de garder intactes les convictions qui donneront un sens à votre parcours.

Finalement, je vous souhaite de conserver longtemps, comme j’ai eu le bonheur de le faire, les liens d’amitié que vous avez tissés ici et l’attachement à votre alma mater. 

Toutes mes félicitations, et bonne route à toutes et à tous!