Le léopard vice-royal
  1. Le gouverneur général du Canada
  2. Son Excellence le très honorable David Johnston
Nouvelle & événements
  • Aperçu avant impression
  • Imprimer: 
  •  Envoyez à Facebook (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  •  Envoyez à Twitter (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Envoyez à email (Ouvre dans une nouvelle fenêtre)
  • Partager: 

Nouvelles

Discours liminaire à la Série des Conférences du recteur 2017

London (Ontario), le mercredi 8 mars 2017

 

Je très heureux d’être de retour à l’Université Western. Je vous remercie de me confier la responsabilité de prononcer cette prestigieuse conférence.

Le mot clé de mon exposé est la confiance. Voilà ce dont je veux vous entretenir aujourd’hui. Plus particulièrement, de la confiance dans notre pays, le Canada. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions et d’échanger avec vous au terme de mon allocution. 

Je ne peux imaginer de meilleur endroit que l’Université Western pour explorer ce sujet. En effet, c’est ici, il y a plus de 40 ans, qu’a commencé ma réflexion sur la notion de la confiance; j’étais alors doyen de la faculté de droit.

Voici les trois points que je voudrais aborder aujourd’hui :

(1) Qu’est‑ce que la confiance?
(2) Pourquoi est‑ce que je parle de la confiance aujourd’hui?
(3) Quels sont les domaines où nous pouvons tirer des leçons sur la confiance? Et comment pouvons-nous augmenter la confiance, cette chose que nous possédons, et encourager les gens à avoir confiance, c’est-à-dire à mettre cette qualité en pratique?

Tout d’abord : qu’est‑ce que la confiance? Je crois que nous en avons tous une bonne idée. Le dictionnaire Oxford propose plusieurs définitions touchant les domaines du droit, de la philosophie, des affaires, de la finance, de la médecine, du journalisme, de la sociologie et d’autres encore.

Toutefois, pour les besoins présents, je préfère m’en tenir à une définition simple – qui est une comparaison en fait : la confiance, c’est comme le ciment.

La confiance, à l’instar du ciment, nous lie les uns aux autres. C’est vrai à l’échelle individuelle – la relation entre deux personnes, les membres d’une famille ou des voisins – et collective – dans une communauté ou un pays.

C’est particulièrement vrai dans une société démocratique comme la nôtre. La vie démocratique exige l’existence d’une confiance de base entre les citoyens et dans les institutions et les dirigeants qui les représentent.

Certes, la confiance seule n’est pas tout. Nous disposons de systèmes et de lois pour protéger notre mode de vie, mais, en grande partie, la confiance n’est pas quelque chose que nous pouvons mesurer ou imposer.

Voilà pourquoi nous appelons cela de la confiance!

Cela vaut même pour les documents légaux comme les contrats écrits. Comme l’a judicieusement fait observer Émile Durkheim : « tout n’est pas contractuel dans le contrat. »

Appliquons cette observation au contrat social qui constitue le fondement de notre vie démocratique.

Tout n’est pas contractuel dans le contrat social qui sous‑tend notre pays. C’est en partie ce ciment que nous appelons confiance qui donne un sens au contrat.

Passons maintenant à mon deuxième point et laissez-moi vous exposer les raisons pour lesquelles je tenais à explorer ce thème avec vous aujourd’hui.

Voici une autre citation, que j’emprunte à Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, et qui aujourd’hui assume cette même fonction à la Banque d’Angleterre. Il a dit ceci :

            « La confiance arrive à pied et repart en Ferrari. »

Or, le bruit qui se fait entendre ces derniers temps – ce bruit auquel font écho quotidiennement les titres des journaux – c’est celui de la confiance qui repart en Ferrari.

La confiance à l’égard du gouvernement. Des institutions. Des médias. Des nouveaux arrivants. Des dirigeants. Des ONG. Des entreprises.

Le Canada n’est pas à l’abri. Peut‑être avez‑vous entendu parler des récents résultats du Baromètre de la confiance Edelman, un grand sondage mondial portant sur cet enjeu important qu’est la confiance.

Sur fond « d’une implosion de la confiance à l’échelle mondiale », le sondage a révélé que, pour la première fois, le Canada est tombé dans la catégorie des pays où moins de la moitié de la population a confiance dans ses institutions civiles.

Voici quelques observations étonnantes tirées de l’enquête Edelman :

  • La confiance dans le gouvernement a chuté pour s’établir à 41 %;
  • 59 % des habitants du monde occidental ont davantage confiance dans les moteurs de recherche que dans les médias traditionnels;
  • Seule 37 % de la population globale fait confiance aux PDG de compagnies;
  • 53 % de la population occidentale globale estime que le système actuel ne fonctionne pas pour elle;
  • on note une inégalité dans le degré de confiance de plus 20 % entre le public éclairé et la population globale aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France;
  • 40 % des gens au Royaume-Uni estiment que les faits sont moins importants que l’authenticité et les croyances;
  • 67 % de la population globale croit que les PDG et les entreprises accordent trop d’importance aux résultats à court terme.

Qu’est‑ce que cela signifie?

Cela signifie que le ciment qui est à la base de notre contrat social s’effrite.

Que devons‑nous faire alors? Ce défi nous concerne tous. Nous ne pouvons pas relâcher notre vigilance. À l’instar de la démocratie, un contrat social sain demande un engagement actif de notre part. Ce n’est pas l’affaire de quelques‑uns, mais de tous.

Comment pouvons‑nous renforcer et alimenter la confiance dans notre société? Puisque la confiance y joue un rôle fondamental, il y a tant de domaines où nous pouvons l’examiner et la renforcer, mais permettez‑moi d’attirer votre attention sur trois domaines particuliers avant que je ne réponde à vos questions.

Le premier domaine est la confiance dans les professions, un enjeu particulièrement important pour vous, à l’Université Western, alors que je me rappelle l’époque où j’étais doyen de la faculté de droit.

Dans toute profession, le contrat social comporte trois éléments principaux.

Premièrement, une profession se caractérise par des connaissances spécialisées qui sont enseignées dans des établissements reconnus et qui s’acquièrent par l’expérience et sous la supervision. Deuxièmement, l’État lui accorde un droit d’exercice exclusif et le contrôle des normes d’adhésion et de sortie, ainsi que des compétences requises et, jusqu’à un certain point, des honoraires. Troisièmement, la profession assume envers la société la responsabilité de répondre à d’autres besoins que ceux de certains clients uniquement.

C’est le contrat que nous devons respecter lorsqu’il s’agit de professions comme le droit et la médecine. Qu’arrivera‑t‑il si nous manquons à nos obligations en vertu de ce contrat social? La société modifiera alors le contrat et redéfinira nos professions pour nous.

Voilà à la fois le défi que nous devons relever et l’occasion que nous devons saisir. Sachant que nous traversons actuellement une ère de profonds changements et que nous ne pouvons relâcher notre vigilance, comment renforçons‑nous le professionnalisme et établissons‑nous un nouveau contrat social?

Voilà une grande question, qui pourrait bien représenter les défis les plus déterminants de notre époque. Une chose est claire toutefois : le bien‑être de tous, et non pas seulement de quelques‑uns, doit se trouver au cœur de cette redéfinition.

Autrement dit, l’inclusion est essentielle. De fait, une plus grande inclusion est la voie à suivre pour le renouvellement de la confiance, puisque, en période de changements, ce sont nos valeurs qui nous guident vers la construction du pays averti et bienveillant que nous voulons.

Comme le dit Polonius à son fils Laërtes, qui quitte sa famille pour aller à l’université :

Avant tout, sois loyal envers toi-même,
Et aussi infailliblement que la nuit suit le jour,
Tu ne pourras être déloyal envers personne. 

Le deuxième domaine qui peut nous aider à établir la confiance est notre système d’éducation. Les établissements postsecondaires comme l’Université Western peuvent nous aider à renforcer la confiance en redoublant d’efforts pour atteindre l’égalité des chances et l’excellence. Lieux de formation par excellence des futurs professionnels, les universités jouent un rôle fondamental.

Pendant des générations, l’égalité des chances et l’excellence ont constitué des principes canadiens fondamentaux. Certes, il nous est arrivé d’échouer, et même de commettre des erreurs terribles dans le passé, comme dans le cas des pensionnats indiens, mais nous sommes à notre mieux lorsque nous trouvons un juste équilibre entre ces deux principes.

Dans le monde d’aujourd’hui, nous devons en faire plus. C’est‑à‑dire que nous devons poursuivre à la fois l’égalité des chances et l’excellence en apprentissage comme jamais auparavant. Il est urgent d’améliorer l’accès à l’éducation pour les groupes sous-représentés, tout en nous ouvrant sur le monde et en retenant les talents les plus prometteurs. L’enseignement est un domaine où le Canada peut stimuler la confiance, au pays et à l’étranger.

Troisièmement, je veux souligner le rôle des citoyens qui, par leur participation, contribuent à instaurer la confiance dans le gouvernement et les institutions civiles.

Encore une fois, l’inclusion est essentielle. À quoi ressemble un système de gouvernement qui fonctionne bien? Il se caractérise par une séparation des pouvoirs, par la continuité et la réflexion à long terme, par des mécanismes de freins et contrepoids, par une capacité à s’adapter aux nouveaux contextes, et par un sens des valeurs, notamment l’inclusion.

Un gouvernement est en mesure d’instaurer la confiance lorsque ces éléments sont réunis. Mais cela ne se fait pas tout seul. C’est plutôt à chacun d’entre nous d’agir pour nous assurer que le gouvernement respecte ces principes.

L’expression « démocratie participative » est redondante puisque, par définition, la démocratie est participative!

Les professions, les établissements d’enseignement et les gouvernements – ces trois domaines présentent des aspects liés à la confiance, qu’il est possible de renforcer et de magnifier, et qu’il est possible d’appliquer à plus grande échelle et de façon plus rigoureuse dans notre société. Nous devons faire preuve d’innovation en gardant comme objectif le renforcement de la confiance dans ces trois sphères. Par‑dessus tout, nous devons nous investir personnellement. Cette tâche est trop importante pour que nous la laissions à d’autres. La crise de confiance actuelle signifie que nous sommes tous appelés à une nouvelle ère d’engagement civique.

Nous devons donc aller plus loin. Les professions doivent prendre les devants en renouvelant leurs contrats sociaux. Les établissements d’enseignement doivent de toute urgence atteindre une plus grande égalité des chances tout en visant les plus hauts niveaux d’excellence. Et les citoyens doivent s’engager davantage afin de s’assurer que leurs gouvernements sont à leur service, et non l’inverse.

Que vous soyez dans le domaine des affaires, du droit, de l’enseignement, de la fonction publique ou des médias, ne perdez pas de vue la confiance, ce ciment qui nous lie les uns aux autres, et placez la consolidation de la confiance au cœur de votre travail.

Il est particulièrement approprié que nous traitions de ce thème fondamental dans le cadre du 150e anniversaire du Canada. Après tout, la Confédération n’était‑elle pas justement un exercice d’établissement de la confiance entre divers peuples? Il y a toujours eu et il y aura toujours des intérêts divergents, mais c’est grâce à la confiance que les échanges sur le Canada ont pu commencer.

La confiance doit être à la base de tout ce que vous faites. Il s’agit à la fois d’un défi à relever et d’une occasion à saisir, parce que ce sont les personnes qui sauront le mieux inspirer la confiance qui s’épanouiront dans les années à venir.

Je dis souvent que les grands défis font les grandes nations. Il en va de même pour les universités, les entreprises et les personnes.

Je vous souhaite à tous le plus grand succès face à cet important défi.

Merci.